Syndromes Diarrhée du voyageur

Diarrhée du voyageur

Sévérité par impact fonctionnel, pas par nombre de selles. Dysenterie = ATB empirique.

🌏 Asie du Sud 🌍 Afrique Amérique latine ISTM 2017
Diagnostic Bilan Étiologies Pathogènes Traitement Algorithme Points clés Références
🩺

Approche diagnostique

Sévérité = impact fonctionnel (ISTM 2017) — pas le nombre de selles. 3 selles incapacitantes = SÉVÈRE. 10 selles bien tolérées = MODÉRÉE.
Sévérité Définition Conduite
Légère
Tolérable — n'interfère pas avec les activités Hydratation + SRO. Lopéramide possible si pas de dysenterie.
Modérée
Gênante — interfère avec les activités planifiées ± Lopéramide. ± ATB si retour Asie et activités compromises.
Sévère
Dysenterie = ATB empirique
Incapacitante OU dysenterie (selles sanglantes ± fièvre) ATB empirique + investigations. Lopéramide contre-indiqué si dysenterie.
Persistante
≥ 14 jours Bilan parasitologique complet + coproparasitologie × 3. Penser à Giardia, Cryptosporidium.
🧪

Bilan initial

ExamenIndicationCommentaire
Panel PCR bactérien multiplex
Campylobacter, Shigella, ETEC, EAEC, EPEC, Salmonella
Sévère / dysenterie Identifie agent et permet d'orienter l'antibiothérapie. Réduction de la part «inexpliquée» (EAEC, EPEC désormais détectés).
PCR E. histolytica
Dysenterie tropiques Distingue Entamoeba histolytica (pathogène) d'E. dispar (non pathogène, morphologiquement identique).
PCR C. difficile
Hospitalisation / ATB récents Peu rentable sans facteur de risque. Ne pas demander en routine sur diarrhée du voyageur sans hospitalisation récente.
Coproparasitologie × 3
Persistante ≥ 14j Giardia, Cryptosporidium, helminthes. 3 échantillons pour augmenter la sensibilité.
Hémocultures × 2
Fièvre + dysenterie Rares bactériémies — Salmonella non typhi, Shigella. Avant tout ATB. Rendement maximum en phase bactériémique.
📊

Étiologies de la diarrhée du voyageur

Fourchettes publiées issues d'études poolées. La part bactérienne représente environ 62% des cas identifiés. La PCR multiplex réduit la proportion «inexpliquée».

Proportion par pathogène

Distribution relative

Résistance aux fluoroquinolones — Campylobacter spp.

🦠

Pathogènes principaux

Bactérie
ETEC
Escherichia coli entérotoxinogène
Agent bactérien le plus fréquent (~30%). Produit des entérotoxines thermostables (ST) et thermolabiles (LT) causant une diarrhée aqueuse profuse.
Bactérie
Campylobacter spp.
Campylobacter jejuni / coli
Résistance aux fluoroquinolones 75–89% en Asie → azithromycine 1ère ligne. Dominant en Asie du Sud-Est. Peut provoquer dysenterie.
Bactérie
Shigella spp.
Shigella sonnei / flexneri
Agent classique de dysenterie bacillaire. Dose infectante très faible (10–100 UFC). Résistance FQ croissante — azithromycine recommandée.
Virus
Norovirus
Calicivirus
Sous-estimé : ~18% par PCR multiplex. Transmission oro-fécale et aérosols. Évolution spontanément favorable en 24–72h. Traitement symptomatique.
Parasite
Giardia lamblia
Giardia intestinalis
Cause de diarrhée persistante ≥14j, ballonnements, selles graisseuses et malodorantes. Traitement : métronidazole ou tinidazole dose unique.
Parasite
Entamoeba histolytica
Entamoeba histolytica
Dysenterie amibienne. Distinguer d'E. dispar (non pathogène, morphologiquement identique) par PCR. Risque d'abcès hépatique amibien.
💊

Traitement

Diarrhée sévère / dysenterie — retour Asie
Azithromycine 1 g dose unique PO
1ère ligne en Asie (résistance FQ 75–89% chez Campylobacter). Efficacité 96% vs 71% pour la lévofloxacine (Tribble 2007, Thaïlande).
Alternative : azithromycine 500 mg × 3j si échec dose unique ou terrain particulier (immunodépression).
Künzli Forum Med Suisse 2021 · ISTM Riddle 2017 · Tribble CID 2007 · Jia Zoonoses 2025
Dysenterie amibienne confirmée (E. histolytica)
Métronidazole 750 mg 3×/j × 5–10j + diloxanide furate 500 mg 3×/j × 10j
Traitement en deux temps : le métronidazole éradique les formes tissulaires. Le diloxanide furate (agent intraluminal) est indispensable ensuite pour éradiquer les kystes et prévenir la récidive. Ne pas omettre la 2ème phase.
⚠ Suspicion EHEC — selles sanglantes SANS fièvre, notion de viande hachée
AUCUN ANTIBIOTIQUE
Les ATB dans l'EHEC (E. coli O157:H7 et autres) induisent une libération massive de toxines Shiga → risque majeur de syndrome hémolytique et urémique (SHU).
Traitement : symptomatique uniquement. Surveillance biologique rapprochée (créatinine, plaquettes, hémoglobine). Hémodialyse si SHU constitué.
Colonisation post-voyage — ESBL
Retour Asie du Sud = 75% colonisation ESBL
87% si Inde (Kuenzli 2014) · ATB + diarrhée voyage → OR 3.37 d'acquisition · Carriage médian 30 jours
Culture avant ATB !
⚠️ Lopéramide CONTRE-INDIQUÉ si dysenterie (selles sanglantes, fièvre >38,3°C) — risque de mégacôlon toxique. Paracétamol pour les symptômes. Lopéramide utilisable uniquement en l'absence de signes de dysenterie.
📋

Algorithme

(S'affiche après déploiement GitHub Pages)

💡

Points clés

⚠ Piège
«Classifier la sévérité par le nombre de selles»

FAUX. 3 selles/j incapacitantes = SÉVÈRE. 10 selles/j qui n'empêchent pas de travailler = MODÉRÉE.

→ L'impact fonctionnel prime. C'est la définition ISTM 2017 — dysenterie (selles sanglantes) classe automatiquement en SÉVÈRE, quel que soit le nombre de selles.
✦ Perle
Retour Asie du Sud → TOUJOURS urine culture avant ATB

75% de colonisation ESBL (87% si Inde). Médian 30j de portage. Risque clinique faible mais carbapénèmes inutiles si sensibilité testée.

→ Une culture avant traitement évite une escalade thérapeutique inutile.
→ Retenir
  • Diarrhée sévère retour Asie → azithromycine 1g dose unique (FQ-résistance 75–89% Campylobacter)
  • Dysenterie = selles sanglantes = ATB empirique sans attendre cultures
  • EHEC suspecté (sanglant SANS fièvre, viande hachée) → pas d'ATB, risque SHU
  • Lopéramide CI si dysenterie (selles sanglantes ou fièvre >38,3°C)
  • Dysenterie amibienne → métronidazole + diloxanide furate (intraluminal indispensable)
  • Retour Asie du Sud = 75% ESBL → culture avant toute antibiothérapie (IU incluses)
  • Déclaration OFSP 24h : Campylobacter, Salmonella, Shigella, EHEC, V. cholerae
  • PCR C. difficile uniquement si hospitalisation récente ou ATB récents
📑

Références

1Riddle MS et al. J Travel Med 2017 (ISTM) — Classification sévérité par impact fonctionnel ; azithromycine 1ère ligne Asie ; recommandation forte contre la prophylaxie ATB systématique. DOI: 10.1093/jtm/tax026
2Künzli BM et al. Forum Med Suisse 2021 — Azithromycine dose unique équivalente à 3j ; probiotiques sans preuve fiable ; charbon actif déconseillé. DOI: 10.4414/fms.2021.08648
3Chappuis F. Rev Med Suisse 2020 (HUG) — Algorithme PCR multiplex ; restriction ATB modérée ; PCR C. difficile si hospit./ATB récent. DOI: 10.53738/REVMED.2020.16.679
4Tribble DR et al. Clin Infect Dis 2007 (n=143, Thaïlande) — Guérison azithromycine 96% vs lévofloxacine 71% (p=0.002) ; éradication microbiologique 96% vs 38%. DOI: 10.1086/510589
5Jia S et al. Zoonoses 2025 (66 771 génomes, 53 pays) — FQ-résistance Campylobacter >75% en Asie ; macrolides-R <8%. DOI: 10.15212/zoonoses-2024-0060
6Steffen R et al. JAMA 2015 — Incidence 10–40% selon destination ; étiologie bactérienne 62% ; ETEC 30%. DOI: 10.1001/jama.2014.17006
7Arcilla MS et al. (COMBAT) Lancet Infect Dis 2017 (n=2001) — Acquisition ESBL 34% globale, 75% Asie du Sud ; ATB pendant voyage OR 2.69. DOI: 10.1016/S1473-3099(16)30319-X
8Kuenzli E et al. BMC Infect Dis 2014 (n=170 voyageurs suisses) — Inde 87%, Sri Lanka 35% colonisation ESBL post-voyage. DOI: 10.1186/1471-2334-14-528
9Kantele A et al. Clin Infect Dis 2015 (n=430) — Sans diarrhée 11% ESBL, diarrhée seule 21%, diarrhée + ATB 37%. DOI: 10.1093/cid/ciu957
10Woerther PL et al. J Travel Med 2017 (revue 16 études) — Portage médian ~30j ; infection clinique très faible (0/90 à 1 an). DOI: 10.1093/jtm/taw101
Tropical Notebook
Médecine tropicale et du voyage pour praticiens — Suisse
ludovico.cobuccio@chuv.ch · traveldoctor.ch