⛔ Jamais de corticoïdes sans dépistage Strongyloides
Syndromes Éosinophilie du voyageur

Éosinophilie du voyageur

Éosinophilie + retour tropical = helminthiase jusqu'à preuve du contraire. Mortalité hyperinfection Strongyloides : 60–85%.

🌍 Afrique sub-saharienne 🌏 Asie du Sud-Est Amérique tropicale
Diagnostic Bilan Pathogènes Traitement Algorithme Points clés Références
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Approche diagnostique

Tout voyageur avec éosinophilie >0.5 G/L au retour de zone tropicale doit être investigué pour une helminthiase. Les protozoaires ne causent jamais d'éosinophilie — piège classique.

Cause Prévalence Arguments pour Arguments contre
Helminthiases
Schistosoma, Strongyloides, filaires, Toxocara
19–80% des éosinophilies voyageurs Voyage tropical, exposition eau douce, myalgies, éosinophiles >1 G/L
Médicaments
ATB, AINS, anticonvulsants, prednisone (très rarement)
Fréquente Temporalité d'introduction (délai 2–8 semaines). Cause réversible.
Atopie / asthme
Modérée Contexte atopique connu, éosinophiles <1.5 G/L Éosinophiles >1.5 G/L + fièvre inexpliquée
HES idiopathique
Rare (<5%) Bilan parasitaire négatif complet Diagnostic d'exclusion — ne pas conclure sans bilan sérologique complet
Protozoaires
Malaria, Giardia, Cryptosporidium
0% NE CAUSENT PAS d'éosinophilie (piège classique)
Protozoaires (malaria, Giardia, Cryptosporidium) = aucune éosinophilie. Éosinophilie + retour tropical ≠ diagnostic parasitaire exclu par un frottis négatif. Ce sont les helminthes qui comptent.
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Bilan initial

  1. 1
    Anamnèse médicamenteuse — ATB, AINS, anticonvulsants, corticoïdes (délai 2–8 semaines). Cause fréquente et réversible à éliminer en premier.
  2. 2
    Sérologie Strongyloides (ELISA)systématique, sensibilité 89–95%. Le plus dangereux à manquer — auto-infection indéfinie, hyperinfection sous corticoïdes.
  3. 3
    Sérologie Schistosoma (ELISA) — si exposition eau douce Afrique ou Amériques. Sensibilité 71–96% ; peut être négative en phase aiguë → répéter à 3 mois si aiguë.
  4. 4
    Sérologie Toxocara — si éosinophiles ≥1.5 G/L (recommandations françaises 2023, Groh et al.). Sensibilité ~78%.
  5. 5
    Coproparasitologie × 3 + Baermann — complémentaire aux sérologies. Sensibilité Strongyloides 20–30% sur 1 examen (7 nécessaires pour approcher 100%). Ne pas se fier à un seul examen négatif.
  6. 6
    Si éosinophiles ≥1.5 G/L persistanteréférer : Swiss TPH Basel · CHUV · HUG · Inselspital — bilan de 2ème ligne (filariose, biopsie, PCR avancée).

Performance diagnostique — Strongyloides stercoralis

ExamenSensibilité StrongyloidesNote
Coprologie directe × 1
~20–30% Insuffisant seul — 7 examens nécessaires pour approcher 100%
Baermann (selles)
Demander explicitement au laboratoire
~72% Meilleure technique de coprologie ; technique spécifique à demander nommément
Sérologie Strongyloides ELISA
89–95% Référence — systématique pour tout voyageur avec éosinophilie
Sérologie Schistosoma ELISA
71–96% Systématique si exposition eau douce ; peut être négatif en phase aiguë
Sérologie Toxocara
78% Si éosinophiles ≥1.5 G/L (guidelines françaises 2023)
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Pathogènes clés

Parasite — Trématode
Schistosoma
Schistosoma mansoni / haematobium
Parasite — Nématode
Strongyloides stercoralis
Strongyloides stercoralis
Auto-infection indéfinie — possible même 40 ans après le voyage. Hyperinfection sous corticoïdes ou immunosuppresseurs : mortalité 60–85% sans traitement.
Parasite — Nématode
Toxocara
Toxocara canis / cati
Larva migrans viscérale. Hyperéosinophilie souvent marquée. Dépistage systématique si éosinophiles ≥1.5 G/L (recommandation 2023).
Parasite — Nématode filarien
Filaires
Wuchereria, Loa loa, Mansonella
Si zone endémique (Afrique de l'Ouest/Centrale, Asie du Sud-Est). Attention : ivermectine contre-indiquée si microfilarémie Loa loa >30 000 mf/mL (risque encéphalopathie).
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Traitement

⛔ Règle absolue — Sans exception
JAMAIS de corticoïdes sans dépistage Strongyloides préalable
Même une courte corticothérapie (5–7j) peut déclencher un syndrome d'hyperinfection.
Mortalité sans traitement : 60–85%. Triggers : corticoïdes, anti-TNF, chimiothérapie, HTLV-1.
Si dépistage impossible en urgence : ivermectine empirique AVANT les corticoïdes.
Strongyloides stercoralis — traitement de 1ère ligne
Ivermectine 200 µg/kg PO dose unique (Subvectin® 3 mg)
À jeun. Taux de guérison 83–100% vs albendazole 38–79% (l'albendazole n'est pas une alternative équivalente).
Répéter à J14 si infection sévère ou hyperinfection. Pour hyperinfection : 200 µg/kg/j quotidiennement jusqu'à négativation des selles (souvent ≥2 semaines) + réanimation si nécessaire.
Ivermectine disponible en Suisse depuis mai 2023 (Swissmedic — Subvectin® 3 mg, Leman SKL SA).
Requena-Mendez AJTMH 2017 [Grade A] · Subvectin® Swissmedic mai 2023
Schistosoma — phase chronique (≥6–8 semaines post-exposition)
Praziquantel 40 mg/kg PO dose unique
Ou 2 × 20 mg/kg espacés de 4–6h. Actif sur les vers adultes uniquement — inefficace en phase aiguë (<6–8 semaines post-exposition).
Praziquantel non inscrit au Compendium suisse → import Art. 49 via Swiss TPH Basel (+41 61 284 81 44).
Katayama aiguë (Schistosoma, phase <6–8 semaines)
Prednisone 0.5–1 mg/kg × 5–7j → praziquantel différé à 6–8 semaines
Symptômes sévères : corticoïdes uniquement après exclusion Strongyloides (sérologie ou ivermectine empirique préalable).
Praziquantel différé car inefficace sur formes immatures. Re-traitement souvent nécessaire à 4–6 semaines.
Ressource — Suisse
Swiss TPH Basel — Helminthiases complexes
Praziquantel (Art. 49) · Avis helminthiase complexe · Disponibilité Subvectin® · travelmedicine.swisstph.ch
+41 61 284 81 44
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Algorithme — bilan minimum

Bilan minimum pour tout voyageur tropical avec éosinophilie >0.5 G/L.

Étape Action Seuil / Note
1
Anamnèse médicamenteuse
Délai 2–8 semaines (ATB, AINS, anticonvulsants)
2
Sérologie Strongyloides ELISA
Systématique — sensibilité 89–95%
3
Sérologie Schistosoma ELISA
Si exposition eau douce Afrique / Amériques
4
Sérologie Toxocara
Si éosinophiles ≥1.5 G/L (guidelines françaises 2023)
5
Coproparasitologie × 3 + Baermann
Complémentaire — ne pas se fier à 1 examen négatif (sens. 20–30%)
6
Référer si éosinophiles ≥1.5 G/L persistante
Swiss TPH / CHUV / HUG / Inselspital
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Points clés

⚠ Piège
«Coproparasitologie négative = pas de parasitose → rassurant»

FAUX. La sensibilité de Strongyloides sur 1 examen de selles est de 20–30% seulement (7 examens nécessaires pour approcher 100%).

→ La sérologie ELISA (sensibilité 89–95%) reste la référence. Un examen de selles négatif n'exclut rien.
✦ Perle
RÈGLE ABSOLUE : jamais de corticoïdes sans sérologie Strongyloides

Auto-infection indéfinie — possible même 40 ans après le voyage. Mortalité hyperinfection 60–85%.

Si urgent : ivermectine empirique D'ABORD, puis corticoïdes. En Suisse : Subvectin® 3 mg (Swissmedic 2023).
→ Retenir
  • Helminthiases = 19–80% des éosinophilies voyageurs — protozoaires = 0% (malaria, Giardia n'en causent pas)
  • Sérologies ELISA systématiques : Strongyloides + Schistosoma ± Toxocara si HE ≥1.5 G/L
  • JAMAIS corticoïdes (même cure courte !) sans dépistage Strongyloides — hyperinfection mortelle
  • Ivermectine : Subvectin® 3 mg (Swissmedic mai 2023) + praziquantel via Swiss TPH Art. 49
  • Loa loa : vérifier microfilarémie si Afrique Centrale/Ouest avant ivermectine (>30 000 mf/mL = contre-indication)
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Références

1Thakker C et al. J Infect 2025;90(2):106328 — Guidelines UK 2025 : algorithme sérologie Strongyloides + selles concentrées systématiques pour voyageur/migrant avec éosinophilie. DOI: 10.1016/j.jinf.2024.106328
2Groh M et al. Orphanet J Rare Dis 2023;18:100 — Guidelines françaises HES : HE >1.5 G/L = bilan complet incluant sérologie Toxocara systématique ; médicaments = cause fréquente. DOI: 10.1186/s13023-023-02696-4
3Checkley AM et al. J Infect 2010;60(1):1–20 — Helminthes = 14–64% des éosinophilies chez voyageurs/migrants ; algorithme diagnostique par région géographique. DOI: 10.1016/j.jinf.2009.11.003
4Logan S et al. Am J Trop Med Hyg 2013;88:1032–34 (n=79, Lac Malawi) — 53% schistosomiase ; 15% éosinophiles normaux à la présentation ; 14% sérologie négative initiale. DOI: 10.4269/ajtmh.12-0646
5Rochat L et al. Rev Med Suisse 2015;11(473) (n=42) — Cohorte suisse de voyageurs exposés ; sous-diagnostic fréquent par les médecins généralistes. DOI: 10.53738/REVMED.2015.11.473
6Requena-Mendez A et al. Am J Trop Med Hyg 2017;97:645–52 — Dépistage sérologique systématique Strongyloides ; ivermectine 200 µg/kg ; dépister avant tout corticoïde [Grade A]. DOI: 10.4269/ajtmh.16-0923
7Asundi A et al. Lancet Glob Health 2019;7:e811–e826 — Séroprévalence Strongyloides 12.2%, Schistosoma 18.4% (24.1% si Afrique sub-saharienne) chez migrants/réfugiés. DOI: 10.1016/S2214-109X(18)30490-X
8O'Connell EM, Nutman TB. Immunol Allergy Clin N Am 2015;35:493–522 — Sensibilité selles 1 échantillon ~20–30% pour Strongyloides ; sérologie ELISA 89–95%. DOI: 10.1016/j.iac.2015.05.003
9Meltzer E et al. Am J Trop Med Hyg 2008;78:702–9 (n=955, Israël, 82 éosinophilies) — Albendazole empirique efficace dans 90% sauf Strongyloides et Schistosoma.
10Subvectin® 3 mg (Leman SKL SA). Swissmedic, mai 2023 — Autorisation de mise sur le marché en Suisse ; indications : strongyloïdose, filariose lymphatique, gale.
11Kamgno J et al. PLoS Negl Trop Dis 2025;19(3):e0012957 — >500 encéphalopathies post-ivermectine documentées ; seuil risque >30 000 mf/mL ; vérifier microfilarémie si Afrique Centrale/Ouest. DOI: 10.1371/journal.pntd.0012957
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Médecine tropicale et du voyage pour praticiens — Suisse
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